Votre vie tient-elle à un protocole?

Le décès d’un homme de Senneterre me fait poser la question.

La situation vécue par ce monsieur ( et qui a eu une fin tragique ), pourrait tout aussi bien se produire ici. C’est le début de l’histoire qu’il faut mettre en contexte. Le monsieur a un malaise cardiaque. L’ambulance de Senneterre est sur la route, on transfère l’appel à un autre service ambulancier, à Barraute, qui mettra 20 minutes pour rejoindre le patient. Le reste, vous pouvez le lire sur différentes plateformes médiatiques.

Depuis des mois, dans notre région, nos paramédics réclament des horaires à l’heure au lieu d’horaires de faction et même leurs patrons sont d’accord. Il faut savoir qu’avec les horaires de faction, si l’ambulancier est appelé alors qu’il n’est pas à la caserne, les minutes qui s’écoulent entre son départ de chez lui et son arrivée derrière le volant de l’ambulance peuvent être critiques, et même très critiques. Je me rappelle ce témoignage d’un ambulancier qui me disait qu’après la catastrophe, alors qu’on avait mis en place des  horaires à l’heure, il était sûr d’avoir sauvé des patients de complications graves à cause de ces minutes qu’on avait gagnées dans l’intervention. Des horaires à l’heure avec présence à la caserne seraient ici, sinon souhaitables, sûrement d’une grande importance.

L’été dernier, interpelé à ce propos, le député de Mégantic, François Jacques, avait affirmé qu’un comité estrien se penchait sur cette question des horaires à l’heure et qu’on aurait des nouvelles à l’automne. On est en décembre et, toujours rien…

Ce qui m’amène aux protocoles. Le ministère de la Santé, devant sans doute une pénurie de personnel, a changé la donne et, comme c’est le cas ailleurs au Québec, on ouvre l’urgence de Senneterre que huit heures par jour avec en prime, une découverture ambulancière. Là-bas, tout le monde est unanime, ce qui s’est produit devait arriver un jour ou l’autre.

Quand il y a des changements de ce genre dans les services de santé, les autorités en place analysent leurs protocoles ( grilles d’évaluation et statistiques ) et les modifient en conséquence. Ils se disent que si on suit le protocole, il n’y aura pas de problème, mais…

J’ai été estomaqué de lire que le CISSSAT affirme que dans ce dossier, le protocole a été respecté. Oui, le protocole a été respecté, donc, on ne peut accuser personne. Le protocole est le paravent derrière lequel on peut se cacher pour se déresponsabiliser. On se serait attendu à ce que quelqu’un, parmi cette bande de fonctionnaires, lèverait la main et dirait qu’il faut réviser le protocole. Mais non, le protocole est correct, c’était au monsieur de tomber malade le jour quand l’urgence est ouverte.

Le ministère de la Santé et des Services Sociaux, cette immense machine impossible à décrotter, est plein de ces gens qui se réfugient derrière leurs grilles d’évaluation et de statistiques pour justifier de pénibles évènements de ce genre. Oui, il faut des règles quelque part, il faut poser des balises. Cependant, cela doit être fait avec une certaine flexibilité, une chose que les fonctionnaires des bureaux de la Santé ignorent totalement.

Chez nous, il semblerait que c’est une question de statistiques, de milles parcourus, de nombre d’appels, etc. Chers amis, nos vies ne tiennent qu’à des statistiques, des grilles d’évaluation et des protocoles rigides.