Une télésérie qui fait jaser…

« Mégantic », est-ce une bonne idée?

Tout de suite, je vous dis que ce que j’en sais, je l’ai lu sur les réseaux sociaux, de différentes provenances. Ce que je retiens, c’est que ce projet est dans sa phase de réalisation depuis 3 ans sans en parler à personne. Pourquoi ce secret? Il appert que les familles des victimes n’ont jamais été consultées? De quoi va-t-on parler? On ne veut pas voir s’ouvrir des cicatrices déjà assez profondes, merci! Finalement, on vient damer le pion au documentaire de Pierre Falardeau, inspiré du livre d’Anne-Marie St-Cerny, qui est loin d’être un éloge à la résilience. C’est plutôt une attaque directe envers ceux et celles qui ont gravité dans ce dossier.

Bon, ceci dit, j’ai moi aussi tendance à froncer les sourcils vis-à-vis cette série. Il semblerait que nous aurions droit à 8 épisodes qui suivent des personnes choisies, avant, pendant et après la catastrophe. Dans mon livre à moi, le secret qui a entouré ce tournage me fait croire qu’on ne voulait pas subir de critiques quant aux choix des personnes qu’on suivra. Et, si on garde ce secret, encore aujourd’hui, verrons-nous des comédiens avec des répliques rose bonbon pour vanter la « résilience » des Méganticois et Méganticoises et ce travail « colossal » des intervenants politiques?

Le choix des personnes de qui on parlera est important. Pour la grande majorité d’entre nous, Méganticois et Méganticoises de souche, la destruction d’un centre-ville au complet pour des visées qui sont encore pour nous obscures, demeure impardonnable. Allons-nous voir des textes inspirés de gens qui ne parleront pas de cette blessure béante? Va-t-on louer la reconstruction d’un centre-ville qui n’a pas l’air d’un centre-ville du tout? Ces questions, bien des gens se les posent. J’ai bien hâte de voir le premier épisode et, si ce que je crois intimement se produit, j’aurai bien en masse d’un seul épisode.

Finalement, je vais vous laisser sur un mot inventé par le sociologue et philosophe américain Glenn Albrecht, « Solastalgia » qu’on pourrait peut-être traduire par « Solastalgie » qui se veut la douleur de perdre le réconfort de ses repères. Ce mot lui avait été inspiré par un article qu’il a écrit pour le National Geographic où il revisitait les lieux de son enfance autour de la ville de Minneapolis. Naturellement, au fil des décennies, des détails ont changé mais, parfois, il éprouvait une grande nostalgie devant certains changements drastiques. C’est exactement ce que j’ai ressenti au lendemain de la démolition du centre-ville de mon enfance et de mon adolescence. J’ai subi une perte de repères remplis de souvenirs. Et je peux vous le dire, çà, ça fait mal!