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Absence d’imputabilité et « destruction créative » à Lac-Mégantic

par Liette Gilbert, issue d’une conférence organisée par Bruce Campbell, à l’Université d’Ottawa en décembre 2016. Traduction libre à l’aide de Google traduction:

Le déraillement violent du train de juillet 2013 a déversé beaucoup plus que son contenu meurtrier. Il a entraîné une exposition toxique concentrée du pétro-capitalisme et du néolibéralisme sous la forme d’absence d’imputabilité et de «destruction créative» – processus par lequel le capitalisme saisit la crise pour s’enraciner. La tragédie a non seulement révélée l’échec des institutions de réglementation, qui permettaient une culture de la sécurité des entreprises, mais aussi la grande instabilité de tous les niveaux de gouvernement dans les stratégies de libre marché, rendant la transparence et la responsabilité impossibles.

Comme il fallait s’y attendre, pendant que les médias, les parades politiques, les annonces d’aide et les équipes de nettoyage s’installaient, de nombreuses atteintes à la confiance du public et de la part de nombreuses institutions ont été révélées. Les questions et le manque de confiance découlaient avant tout des doutes quant à la capacité du gouvernement à assurer la sécurité publique du transport ferroviaire de pétrole brut, de la capacité des systèmes institutionnels et juridiques à identifier les responsables de la tragédie et enfin de la gestion publique locale en ce qui concerne la décontamination en cours et le processus de reconstruction.

Cette présentation met en lumière certaines des tensions en jeu à Lac-Mégantic et au Canada et les conséquences de la tragédie. Ce n’est pas un exercice de blâme mais plutôt un bref examen de la façon dont différentes stratégies et discours, encadrés par la logique de l’urgence, le risque et la résilience et une éthique de croissance, concrétisée par des politiques de réglementation défaillantes, ont permis des légitimations politiques et conduit à des discours contradictoires.

Bénéficiant de pouvoir, d’attention et de crédibilité, la légitimité politique repose depuis longtemps sur discours manipulateur pour réaffirmer des «vérités» ou des positions particulières. C’est encore plus vrai dans situations où un traumatisme rend les personnes vulnérables, où l’information est contrôlée et où le manque de responsabilité semble se propager comme une maladie contagieuse d’un niveau institutionnel à l’autre.

Dans un premier temps, le discours d’urgence a recueilli l’appui du public et mobilisé les décideurs politiques.

Cette mobilisation d’urgence était la plus évidente dans le projet de loi 57, Loi en réponse à la catastrophe ferroviaire du 6 juillet 2013 à Ville de Lac-Mégantic, un projet de loi omnibus permettant aux gouvernements de reporter les élections municipales, d’accélérer les décisions de planification (y compris expropriation et démolition), et paradoxalement «de faciliter le retour à une vie normale».

Plusieurs mois plus tard, seules l’expropriation et la démolition semblent s’être normalisées dans le paysage désolé. Pour la grande majorité des habitants de Lac-Mégantic, il n’y a pas de retour à la vie normale. Normal doit être redéfini.

Pourtant, on multiplie les récits d’apparence de normalité – «tout va bien, tout est sous contrôle».

Ces récits étaient censés rassurer au cours de ce qui apparaît souvent comme une décontamination improvisée, une négligence de la part des entreprises sans réponse et la reprise du transport ferroviaire.

Avec le manque de transparence et de responsabilité, l’érosion de la confiance s’est installée. Mais face à une telle tragédie sans précédent, il y avait très peu de place pour s’opposer aux décisions publiques et locales. Au fur et à mesure que la sympathie publique et politique grandissait, les citoyens locaux ont vu leur espace se réduire. L’opposition était perçue comme un affront à la douleur et au deuil collectif.

Le soi-disant processus de participation citoyenne, Réinventer la Ville, a servi à légitimer un programme (décidé à l’avance) d’accumulation de capital et de «destruction créatrice» qui non seulement a ignoré de manière flagrante l’apport citoyen, mais qui l’a aussi ouvertement discrédité.

Les responsables publics locaux ont utilisé les incertitudes de la science pour légitimer leurs décisions politiques. Dans le projet de loi 57, la ville avait le droit de «démolir tout bâtiment… [qui] selon un rapport d’expert, est jugé impropre à l’habitation ou à la poursuite des activités… en raison de la contamination. »

Pourtant, contestant les recommandations juridiques et l’expertise scientifique, la Ville s’est opposée à son propre rapport de contamination de sol commandé (gardé confidentiel bien sûr) et à l’engagement du ministre de l’Environnement de poursuivre la réhabilitation du site jusqu’à ce qu’aucune contamination ne soit trouvée – – afin de justifier la démolition des 36 propriétés commerciales et résidentielles restantes (même si seulement 9 d’entre elles ont été déclarées contaminées par le déversement de juillet 2013.)

La mairesse a déclaré que cette décision était difficile mais nécessaire car il ne pouvait y avoir une garantie à 100% de décontamination. La décision a donc été prise, non pas sur ce que les rapports disaient, mais plutôt «sur quels rapports ne présentaient pas», une déclaration qui n’a jamais été expliquée.

Le Conseil a défendu son devoir de gestion des risques et a justifié la démolition complète comme le seul résultat responsable pour assurer une décontamination complète. Il a adopté une attitude morale et a «refusé que les citoyens assument les risques associés au doute et à l’ambiguïté» et, ce faisant, a apparemment choisi «la meilleure chance de succès pour l’avenir de Lac-Mégantic».

La démolition est la plus ancienne astuce et justification de la «destruction créatrice» de l’environnement bâti: les anciennes structures sont dévaluées et détruites afin de privilégier les projets d’investissement et de générer de nouveaux bénéfices et recettes fiscales.

Cependant, en fin de compte, les résidents déplacés ont absorbé les risques, de sorte que les investisseurs et les compagnies d’assurance n’auraient pas à le faire.

Le risque a été utilisé pour stigmatiser des propriétés privées, pour dévaluer et condamner des propriétés et pour justifier une démolition.

Dans un contexte de dépopulation, de déficit financier et de croissance limitée, la valeur d’usage a été littéralement démolie pour faire place à la valeur d’échange et à l’accumulation de capital. L’attachement émotionnel a été détruit au bulldozer en faveur des investissements en capital. Pour beaucoup de résidents, la démolition du centre-ville a été une deuxième tragédie à frapper Lac-Mégantic.

Selon des citoyens, « les autorités locales ont causé plus de dégâts au centre-ville que le train de 2013 ».

Puis le discours sur la résilience est arrivé en ville, à peu près au même moment où les bâtiments ont été rasés et un convoi de train plus long réapparu avec détresse sur la scène du crime, en dépit de la demande sans équivoque de détournement et de contournement du centre-ville défunt.

Indéniablement, une crise de cette ampleur ravage profondément le tissu social et matériel de la vie dans une petite ville. Le courage des habitants qui doivent faire face à une telle destruction, jour après jour, sont au-delà des mots. Mais si la résilience est la capacité d’un système à se remettre d’un choc, dans quelle mesure pouvons-nous romancer la résilience lorsqu’un pourcentage élevé de la population souffre de plus en plus de problèmes de santé mentale post-traumatiques?

La résilience semble être le dernier discours pour apaiser et faire taire les demandes de responsabilité et, peut-être plus efficacement, pour rationaliser le processus de «destruction créatrice» assurant la sécurité et un investissement sûr pour les investisseurs au détriment de l’insécurité et de la dépossession des résidents.

Si la responsabilité est la capacité de tenir le pouvoir pour être responsable de ses actes et de rendre publics ses décisions et ses actes, ce train politique a également déraillé… et, dans un effet de domino tristement évocateur, il en est de même de la non-responsabilité institutionnelle à différents niveaux et au service de la «destruction créative» et l’accumulation de capital.

Je vous remercie.

Liette Gilbert, Faculty of Environmental Studies, York University