Brûler des livres dans un but de réconciliation!

C’est complètement ridicule mais… l’Histoire se répète.

Beaucoup d’encre a coulé depuis cet évènement en Ontario au cours duquel des livres qui, supposément, mettaient à mal les Premières Nations, ont été brûlés. Nous avons appris que la dame à l’origine de cette connerie se disait autochtone alors que ce n’était pas le cas et on peine encore à comprendre comment des gens intelligents ont pu se laisser aller à une telle hérésie.

Ce n’est pas une première. Voici un extrait d’un texte publié sur Wikipédia sur la nuit du 10 mai 1933: « Peu de temps après l’arrivée au pouvoir du NSDAP, en 1933, le chancelier Adolf Hitler lance une « action contre l’esprit non allemand », dans le cadre de laquelle se développent des persécutions organisées et systématiques visant les écrivains juifs, marxistes ou pacifistes. Il s’agit en fait d’une initiative organisée et mise en œuvre par des étudiants allemands sous la direction de la NSDStB, association allemande des étudiants nationaux socialistes. Le 10 mai 1933, le mouvement atteint son point culminant, au cours d’une cérémonie savamment mise en scène devant l’opéra de Berlin et dans 21 autres villes allemandes: des dizaines de milliers de livres sont publiquement jetés au bûcher par des étudiants, des enseignants et des membres des instances du parti nazi. Ils constituent les autodafés allemands de 1933. »

Le but visé par cette dame pourrait paraître louable mais elle passe complètement à côté de la question. La réconciliation avec les Premières Nations est encore un concept abstrait et croyez-moi, un autochtone qui vit sur une réserve où on éprouve de graves problèmes d’alimentation en eau potable n’en a rien à cirer de « Tintin en Amérique » ou Lucky Luke. Pour lui, la réconciliation passera par une intervention du gouvernement fédéral pour régler le problème. D’ailleurs, plusieurs chefs ont condamné cette action insistant sur le fait qu’elle ne change rien.

Cela me rappelle qu’un belge avait saisi une Cour d’une action visant à interdire la publication de la bande dessinée « Tintin au Congo ». Il a été rabroué par le juge qui lui a fortement suggéré de relire l’histoire coloniale belge et aussi savoir que cette bande dessinée a été publiée dans les années ’30. Il faut remettre les choses dans leur contexte.

À ce compte-là, le Japon pourrait demander à ce que soient brûlés tous les exemplaire de « Tintin et le Lotus bleu » qui dépeint un portrait pas trop flatteur des Japonais lors de la guerre de Mandchourie ( c’est d’ailleurs en lisant ce livre que j’ai su qu’il existait une contrée nommée Mandchourie ). On devait aussi peut-être brûler tous les épisodes de Tintin qui se passent en Amérique du Sud puisqu’on y donne une image de dictatures et de peuple soumis. On pourrait aussi brûler tous les  exemplaires où on voit la Castafiore qui donne une image déformée d’une cantatrice et on devrait sûrement mettre au ban tous les livres dans lesquels apparaît le Capitaine Haddock, grand alcoolique devant Dieu s’il en est un.

Tant qu’à être plus catholique que le Pape, il faudrait éliminer de nos bibliothèques tous les Bob Morane, Doc Savage, Sherlock Holmes, Martin le Malin et compagnie puisqu’ils reflètent tous le monde dans lequel évoluait ces personnages qui n’est plus le nôtre.

Tout cela pour vous dire qu’il faut regarder une situation dans son ensemble. La réconciliation avec les Premières Nations est un processus lent et très compliqué. Brûler des livres ne sert à rien dans cette perspective. Et, je voudrais bien savoir combien d’autochtones seraient prêts à aller en Cour pour faire interdire des livres qui les dépeignent comme sanguinaires et sans génie.

Oui, je me rappelle mon livre d’Histoire du Canada dans lequel étaient glorifiés des prêtres venus convertir les Indiens. Mais, avec le temps, j’ai aussi appris comment fonctionnaient et fonctionnent encore certaines société autochtones et parfois, on aurait intérêt à prendre exemple sur leurs façons de faire.

Brûler des livres, quels qu’ils soient, est une infamie. On ne peut pas réécrire l’Histoire non plus que de la faire disparaître. Il y a des témoins de toutes les époques qui ont écrit avec les vues et les connaissances de leur époque. L’Inquisition, c’est loin mais des fois, j’ai l’impression que nous avons de ces Inquisiteurs parmi nous qui veulent que l’Histoire leur ressemble.